Une drôle de guerre

Planqués (Nono)

Il a été vivement reproché à Emmanuel Macron d’avoir employé à plusieurs reprises dans son allocution du 16 mars l’expression : « Nous sommes en guerre ».
De grands esprits lui ont aussitôt fait remarquer : ceci n’est pas une guerre.
Effectivement, il n’y a pas besoin d’être très malin pour remarquer que ce que nous vivons en ce moment n’est pas une guerre au sens habituel du terme.
Il n’empêche : l’emploi de cette expression est parfaitement justifié. D’autres chefs d’Etat ne s’y sont pas trompés.
C’est ainsi que la reine d’Angleterre, retrouvant l’ardeur de ses quatorze ans et de sa première allocution radiophonique en 1940, a exhorté les Britanniques de cette génération à être « aussi forts » que leurs prédécesseurs.

Cette guerre, comme toutes les autres, a ses stratèges, qui ne sont pas toujours bien inspirés.  Il suffit de regarder Donald Trump pour comprendre que certains ont bien du mal à organiser un combat qu’ils n’ont pas vu venir.   Comme dans tous les vrais conflits, on voit aussi une économie de guerre se mettre en place, avec des producteurs de parfum qui font des gels hydro-alcooliques et des fabricants de voitures qui font des respirateurs. Comme dans toutes les guerres, la logistique joue un rôle décisif : ici, il ne s’agit pas de transporter des armes et des munitions, mais des masques, des médicaments, voire des malades.  Et, évidemment, comme dans toutes les guerres, on a des profiteurs qui détournent et vendent très cher des marchandises devenues rares ou qui profitent de la peur des possédants, gros ou petits,  pour monter des arnaques.

Mais le plus étonnant dans cette guerre-ci est le rôle joué par les planqués. Dans les guerres classiques, ceux qui montent au front ne manquent pas une occasion de manifester leur rancœur envers ceux qui mènent une vie tranquille à l’arrière. Cette fois c’est le contraire, ils (les soignants)  les exhortent à rester aussi peinards que possible et ne ménagent pas leurs félicitations à ceux qui restent sagement confinés.  En somme, nous disent-ils, nous pourrons gagner cette guerre si les planqués restent vraiment planqués.

Ceci est vraiment une drôle de guerre.

Par Gérard HORNY.