Si votre voisin vient trop près de vous, tirez !

Tout le monde a pu voir en live, comme on dit en bon breton,  ou sur ses écrans nos concitoyens se ruer sur les grandes surfaces et remplir les caddies de victuailles et de papier hygiénique.  Sur ce phénomène, chacun peut avoir son opinion. Les plus tolérants estimeront que nos concitoyens sont des gens prudents et prévoyants, d’autres, moins compréhensifs, les jugeront incroyablement égoïstes.  Mais, en fin de compte, ces comportements ne sont pas fondamentalement répréhensibles. Dans d’autres pays, on a assisté à des scènes bien plus inquiétantes. Aux Etats-Unis et au Canada les ventes d’armes et de munitions ont grimpé  en flèche.

Là encore, une approche bienveillante  pourrait conduire à minimiser la gravité des faits et à penser que les amoureux de la chasse ont profité de leur temps de télétravail pour  effectuer des recherches personnelles et préparer la prochaine saison de leur sport favori. Hélas, la liste des produits vendus ne laisse guère place au doute : quand on achète des balles de fusil-mitrailleur, ce n’est pas pour tirer sur des  lapins ou des biches. Les commentaires trouvés sur certains sites d’armuriers sont sans ambiguïté : face  à la pandémie, « beaucoup de nos clients veulent être prêts. Et pour beaucoup d’entre eux, il ne s’agit pas seulement d’avoir des masques et du sirop contre la toux.  Ils veulent être sûrs que, quoi qu’il arrive,  ils pourront assurer la protection de leur famille » !

Des amis québécois se veulent rassurants : cela ne concerne que les anglophones, les descendants de Bretons et de Normands qui peuplent la Belle Province préfèrent, tout en gardant leurs distances, se mettre dans les files d’attente qui se forment devant les boutiques de la Société québécoise du cannabis. Il n’empêche qu’il y a dans notre monde occidental des gens qui ont ces idées en tête : un jour ou l’autre, pour une raison ou une autre, ce sera le chaos et alors ne survivront que ceux qui l’auront prévu et seront prêts à vendre chèrement leur peau. On se demande ce qui est le plus terrifiant : le virus ou ces idées-là.

Par Gérard HORNY.