Le monde d’après, comme le monde d’avant, mais en pire ?

Tous les journalistes, y compris les membres de PBM qui le connaissent bien, sont unanimes : Jean-Yves Le Drian n’est pas homme à multiplier les déclarations, encore moins les déclarations fracassantes. Aussi, quand il a affirmé au Monde : « Ma crainte, c’est que le monde d’après ressemble au monde d’avant, mais en pire », sa petite phrase n’est pas passée inaperçue. Alors que se multiplient les propositions sur ce que devrait être le monde d’après l’épidémie de Covid-19, l’avertissement du ministre des affaires étrangères a fait l’effet d’une douche froide.

Certes, Jean-Yves Le Drian ne parlait que de ce qui relève de sa compétence ministérielle : les relations internationales. Mais il est malheureusement possible d’étendre son propos à bien d’autres domaines, et en particulier à l’économie. Quoi que les gouvernements et les banques centrales fassent, on a déjà une certitude : avec les baisses, pour ne pas dire les chutes, attendues du PIB de chaque pays, nous serons tous demain collectivement plus pauvres.  Même si beaucoup d’entre nous verraient d’un bon œil une société moins acharnée à vouloir produire toujours plus pour gagner plus au détriment de l’environnement, en un mot une société plus sobre, il n’est pas sûr qu’une chute brutale et prolongée des revenus soit accueillie avec une grande satisfaction…

C’est d’autant plus vrai que les changements qui s’amorcent dans l’ordre économique mondial semblent conduire à renforcer des tendances passées plutôt inquiétantes. Alors qu’on annonce partout des chutes de cours de bourse, des licenciements, des pertes de pouvoir d’achat, on voit Amazon atteindre de nouveaux records à la Bourse de New York et son président-fondateur Jeff Bezos engranger quelques milliards de dollars supplémentaires au moment même où il licencie des salariés qui critiquent les conditions sanitaires de travail dans ses entrepôts. Alors que le monde du commerce souffre, le groupe annonce vouloir embaucher 75.000 salariés supplémentaires aux Etats-Unis après en avoir déjà embauché 100.000 de plus en mars.  Et l’on voit Netflix battre aussi des records en bourse et annoncer pour le premier trimestre 15,77 millions de nouveaux abonnés. 

Effectivement pour quelques groupes dominants, le monde d’après se présente bien. Mais ce monde n’est peut-être pas de nature à faire rêver.

Gérard HORNY.