Le docteur Diafoirus est encore parmi nous

Il faut bien le reconnaître, quand nous étions au lycée, les états d’âme des héros et héroïnes de Corneille et Racine ne nous passionnaient pas toujours.  En revanche, Molière réussissait à nous amuser, surtout quand il s’attaquait aux médecins que, malheureusement pour lui, il avait dû commencer à fréquenter assez jeune.  On sourit quand on entend dans Le malade imaginaire le docteur Diafoirus pester contre les grands de ce monde parce que, «  quand ils viennent à être malades, ils veulent absolument que leurs médecins les guérissent », on rit franchement quand, dans Monsieur de Pourceaugnac, on voit un médecin prescrire pour une « mélancolie hypocondriaque » des saignées « fréquentes et plantureuses », en ouvrant au besoin la veine du front avec une ouverture large, pour que « le gros sang puisse sortir », et enfin purger le malade, le « désopiler et évacuer par purgatifs propres et convenables ».

Quand on lit cela, on se dit que, vraiment, on ne savait pas grand-chose à cette époque et que la médecine ne méritait pas encore d’être classée parmi les sciences. Mais aujourd’hui, quand on se remémore toutes les informations contradictoires que l’on a pu entendre sur le SARS-CoV 2, quand on entend dire que le Conseil scientifique va bientôt dire s’il est raisonnable d’aller voter en juin alors que dès maintenant on peut aller travailler, faire ses courses  et prendre les transports en commun, on a quelques doutes. Finalement, est-on réellement sûr d’être très éloigné de l’époque, où Béralde, frère du malade imaginaire, affichait ainsi son scepticisme : « les ressorts de notre machine sont des mystères, jusques ici, où les hommes ne voient goutte, (…) la nature nous a mis au-devant des yeux des voiles trop épais pour y connaître quelque chose » ?

Au début des années 2.400, si nos lointains descendants se plongent dans les archives de la Covid-19, Il y a fort à parier qu’ils vont bien se marrer. «  Non, mais, tu as vu ? Au XXIème siècle, face à l’épidémie, ils n’ont rien trouvé de mieux à faire que d’enfermer la moitié de la population mondiale !  Et leurs controverses sur le port du masque, les tests, les médicaments les plus efficaces ? C’est vraiment trop drôle ».

Eh oui, malheureusement, Diafoirus est encore parmi nous.

Gérard HORNY.