La cabane ou le cocotier ?

La cabane ou le cocotier ?

« Sacrifiez les faibles ! Rouvrez ! » Vue à la télé, la pancarte de cette Américaine  manifestant devant le parlement du Tennessee met en évidence un cruel débat de société.

Il s’agit de l’âgisme, et plus précisément de la « lutte des âges » (lire le dossier de Courrier international du 20 au 27 mai). Les milléniaux (plus ou moins 30 ans) s’en prennent aux baby-boomers (plus ou moins 70 ans) et vice-versa. Sempiternelle chamaillerie entre actifs et retraités, travailleurs et rentiers...

On se retrouve devant le paradoxe suivant : le confinement est nettement plus préjudiciable aux jeunes qui se retrouvent sans travail, alors que ce sont les vieux qui meurent le plus de la Covid 19. Pour les protéger, il faudrait enfermer les vieux. Pour faire tourner l’ économie, il faudrait faire bosser les jeunes.

En fait,  le virus  trimballe dans ses petits bras musclés des théories de nature darwinienne ultra, notamment la régulation économique et sociale grâce à l’élimination d’une population affaiblie. Cela me fait penser à une soi-disant vieille coutume polynésienne. Certaines tribus faisaient grimper leurs vieillard(e)s au cocotier parce qu’ils (elles) ne pouvaient plus travailler et devenaient des bouches inutiles. Les pauvres hères n’atteignaient que rarement la cime et s’écrasaient lamentablement au sol.

Quand on a plus de 70 ans, ça vous fout les jetons et vous donne envie de couper les cocotiers, pour peu qu’on en ait encore la force. Ou alors de vous claquemurer chez vous, cédant au « syndrome de la cabane », qui touche, nous dit-on, de nombreux confinés, jeunes et vieux confondus.

Mais, au fait, les vieux n’ont pas besoin de sortir pour être éliminés. Certains établissements fermés s’en chargent.

 

Louis Le Méter