« Eux, c’est Nous ! »

Sans contact ! Je glisse ma carte sur l’écran du récepteur bancaire. Sans contact ! Patates, carottes, oignons dans le sac à provisions. Le lait, le beurre … et le sourire de la caissière derrière sa visière.

Et moi ! Moi, derrière mon masque, j’observe ce monde d’après qui s’apprête, s’inquiète, se distance.

Quel avenir ? Une deuxième vague de coronavirus, une crise insurmontable, un chômage durable. Sur l’écran plat de la télé, les figures tutélaires des experts qui expertisent et disent tout et son contraire.

Et puis, il y a « Eux, Eux, Eux, Eux », comme slame Abd Al Malik. Eux les pauvres, Eux les immigrés, Eux les sans-papiers, Eux les bronzés. Dans la rue, un genou blanc sur un cou noir, et tout s’enflamme.

« Je peux pas respirer », ont dit George Floyd, il y a trois semaines,  et Adama Traoré, quelques années auparavant. Les policiers blancs n’ont pas écouté.  Les genoux blancs sont restés sur les cous noirs.

Moi, derrière mon masque, je respire mal. Je rentre dans ma cabane. Honteux ! Parce  que « Eux, Eux, Eux, Eux » sont toujours là. Peut-être qu’avec le temps, ce monde d’après sera mieux qu’avant.

Je vais sortir de ma  cabane, ôter mon masque et hurler sous le ciel étoilé : « Eux, c’est Nous ».  Comme Abd Al Malik. Avec un sanglot d’espérance.

 

Louis Le Méter