Dans ma bulle

Pour garder mes distances, j’ai appris les « gestes barrières ». J’avance, masqué, dans une bulle comme tout un chacun qui  respecte « la distanciation sociale » qu’on peut définir comme une nouvelle façon de vivre avec ses voisins.

La nuit dernière, j’ai rêvé que nous étions des milliers et des milliers de bulles à déambuler dans la ville, comme dans un film de science fiction. Y’en avait de toutes les couleurs, de toutes les grosseurs aussi selon le gabarit des propriétaires. Soudain, un coup de vent a balayé les trottoirs et propulsé  dans les airs les promeneurs « embullés ».

Un charivari de tous les diables de baudruches criardes qui se cognaient les unes aux autres. Tant et si bien qu’elles ont fini par crever. Des tas d’humains se sont retrouvés  au sol avec des bleus et des bosses.

Remis sur pieds, sans leurs bulles protectrices, dans un élan fraternel ils se sont mis à s’embrasser, et à se poser les questions usuelles : « Bonjour, comment vas-tu ? Et ta femme ? Et ton mari ? Et tes enfants… Ils ont dû grandir... » Bref, c’était le déconfinement total. Certains et certaines se faisaient même des câlins.

« Aux chiottes, le virus ! Tu viens on va boire une bière. » Le bonheur ! Comme avant !

Je me suis réveillé en pleine forme. J’ai mis la radio. Les titres du journal matinal ont refroidi mon enthousiasme. «  Coronavirus : ça repart ! De nombreux cas nouveaux en Mayenne, en Bretagne et en Gironde.

« Et Merde ! ». J’ai regardé par la fenêtre. Il n’y avait pas de bulles à rouler sur les trottoirs ou à se balancer dans les airs. Mais des gens masqués qui filaient tout droit, sans se dire bonjour, sans même se regarder.

Je me suis remis dans les toiles, comme dans une bulle, en espérant que mon rêve revienne et que ma bulle éclate.

Louis Le Méter