On cherche un nouveau Delacroix

En 1830, Eugène Delacroix avait peint La liberté guidant le peuple. Mais les temps ont changé ; le peuple n’a plus besoin d’être guidé. Au contraire, c’est lui qui dicte la voie à suivre. Qui peindra Le peuple guidant le gouvernement ?

Ce pourrait être l’objet d’une fresque ornant les murs du Conseil économique, social et environnemental où s’est réunie la Convention citoyenne pour le climat. A défaut d’utiliser le pinceau pour immortaliser ce moment, les commentateurs se relaient en ce moment pour passer la brosse à reluire sur les pompes en matières naturelles de ces cent cinquante citoyens qui ont été tirés au sort pour conseiller le gouvernement sur  la meilleure façon de réduire nos émissions de gaz à effet de serre sans mettre à mal la justice sociale, bref, sans faire la bêtise d’augmenter à tout va la taxe carbone comme des conseillers stupides avaient suggéré  au Président de le faire, avec le succès que l’on sait.

Dans le flot de commentaires élogieux entendus sur les ondes, on retiendra des fortes pensées de ce genre : la Convention met le gouvernement en demeure de prendre des décisions courageuses ; le monde politique est aujourd’hui en retard sur la société.  Autrement dit, le peuple, lui, dans sa sagesse, a compris  ce qu’il fallait faire,  il a fait ses propositions, c’est maintenant au gouvernement d’agir.  A première vue, tout cela semble magnifique : il y a un problème,  les représentants des citoyens ont tracé la voie à suivre pour le résoudre, le gouvernement et le parlement n’ont plus qu’à prendre les lois et décrets qui s’imposent.

Pourtant, quand on regarde ces propositions d’un peu plus près, on est tout de même un peu surpris. Pour l’essentiel, il s’agit d’interdire aux citoyens de faire certaines choses, comme par exemple de rouler à plus de 110 km /heure sur l’autoroute, ou de les contraindre à en faire d’autres, comme la rénovation thermique des bâtiments.  Et là, on ne comprend plus : si vraiment la société est  en avance sur le gouvernement, il ne doit  plus y avoir besoin d’interdire ou de contraindre, il ne doit plus y avoir besoin de prendre des mesures dites « courageuses », puisque le peuple veut ces mesures, c’est lui qui les réclame !

Soyons sérieux : les membres de la convention ont bien compris que leurs concitoyens dans leur majorité n’étaient pas vraiment motivés pour  changer leur comportement.  L’écologie, c’est très beau, c’est très intéressant, mais comme le disait Nicolas Sarkozy au salon de l’agriculture il y a dix ans, il y a un moment où « ça commence à bien faire ».  Si le gouvernement est en retard sur le sujet (ce qui est vrai), c’est peut-être parce que nous avons le gouvernement que nous méritons …

Gérard Horny