La Bretagne largue les amarres [Chapitre 20 - Partie 2]

La Bretagne largue les amarres

Au 19ème un voyageur qualifia l'usage du breton de véritable "muraille de Chine" entre la Bretagne et la France d'alors. Reprenant l'idée puisque ne pouvant, pas plus que Trump (junior), ériger un vrai mur, le pouvoir lança une campagne sur un thème alternatif : culture, voilà notre vrai mur !

La culture, de sens polysémique, était plus facile à mettre en avant que la langue bretonne car les campagnes de bretonnisation à outrance "outre Oust & Meu" n'avaient guère fait florès.

Plutôt que de tenter de refaire de nouveaux Pays-Bas à grands renforts de digues et écluses sur les polders de la côte nord, Dol, Keremma, on se résout à laisser aux eaux de la Baie le nord-est de "nationaux", souvent immigrés normands acquis au parti français.

Cette montée des eaux inexorable imposait de renverser la vapeur ou, à tout le moins, la table... Table des Marchands, Locmariaquer, ceci a valeur d'exemple !

Pour mieux faire passer le message on se référa à un énième saint - le 7778ème comme au mythique cimetière de Lanrivoaré en Léon, où gisent seizh mil seizh kant ha seizh-ugent seizh (sant), oui 7777. C'est quand même autre chose que Seizhsant - Sept-saints dormants d'Ephèse du pardon islamo-chrétien trégorrois.

On en est au combientième à la Vallée des Saints - heureusement sur une butte, ce qui l'a sauvée des eaux de l'Hyères ? Feignant de prononcer "saint Gapour", c'était là pour mieux vanter le modèle d'économie en archipel entre pays bordiers sans être tous souverains comme Malaysie, Indonésie.

L'idée d'un tout nouveau "néo-britto-model" est apparue alors par enchantement, la syntaxe de "modèle breton" fleurant... flairant le lisier.

Un héritier du fondateur de l'UDB, au milieu du 20ème, avait retrouvé un document sonore où son aïeul, alias Ronan, rêvait à voix haute pour sa Bretagne de la muer en une "autre Suisse", apaisée, prospère, sur le modèle (con)fédéral de cantons libres et égaux, du moins en droit.

Certes la Suisse se prête mal comme la référence exemplaire d'une péninsule devenant presqu'île, puis île quasi, en tout cas archipel. Sauf que l'idée de (con)fédération était un bon point de départ.

Le projet serait celui-ci : prospérité économique venant de la mer, décentralisation sur l'œkoumène.

Le principal était de proposer du sonnant et trébuchant : du grain à moudre, gagner plus sans travailler obligatoirement. Et, partant, de faire rêver. La politique, comme l'intendance, suivrait.

L'adhésion des Bas-Bretons semblait acquise. Mais quid des Hauts-Bretons, sans aller jusqu'à ramener leur sobriquet de "sots Bretons" ?

Traumatisés par ce revers de fortune maritime en somme, ne voilà-t-y pas que les Nantais devraient repartir en pays bigouden ou vêtir une autre guise de Cornouaille, la Vendée étant menacée à terme comme les Charentes, les Landes, bref la "nouvelle Aquitaine", sauf ses plateaux du Limousin.

Mais les Rennais ? Plus de Mayenne ou presque, une Normandie qui s'éloignait à vue d'oeil, même si le Couesnon, ce n'est pas la Loire, Golfe qui sépare désormais la France d'oïl d'arides terres d'oc. Le Far West, voilà bien la seule destination plausible sauf à émigrer, mais où ?

Seuls les Malouins de souche resteraient accrochés à leur rocher ou à leur cité d'Alet, alors qu'à l'est les châteaux des Marches - Fougères, Vitré, Clisson etc. - seraient autant de forts du Taureau, sans devoir obligatoirement subir le sort d'un Fort Boyard !

S'appuyant sur l'exemple des Vénètes défendant leurs îlots contre la flotte pictone de César, les nouveaux Aremorici se serreraient les coudes - et pas que... - grâce à leur "écolonomie" révovée car innovante, s'inspirant de la Hanse - ligue hanséatique de la Baltique qui avait désormais submergé les littoraux, des pays baltes à l'ex Danemark - sans parler des Pays-Bas ou des Flandres...

Un référendum fut concocté, s'adressant en priorité aux populations indigènes qui, on le savait grâce aux plus récentes recherches sur l'ADN, n'avaient guère changé de fait depuis la sédentarisation du néolithique : Barnenez après Téviec...

C'était le Massif armoricain des Osismes occidentaux ultimes (Finistère et Ouest costarmoricain ou, entre temps depuis un millénaire, Cornouaille, Léon, Trégor - sans oublier le petit Goélo) et des vénérables Vénètes (de l'antiquité à l'actuel Gwened), ainsi que les lambeaux d'antiques coriosolites "corps de garde" vers Corseul, la cité d'Alet et le Porhoet car il ne s'agissait pas - tourisme vert oblige - de brader Brocéliande, même si on pourrait tabler sur Paule, Poher !

Francis FAVEREAU.
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