La Bretagne largue les amarres [Chapitre 20 - Partie 1]

La Bretagne largue les amarres

La terre avait tremblé, mais pas en Bretagne. Très au nord. Les volcans islandais se réveillaient. L'eau allait tout envahir, les glaciers fissurés fondant comme neige au soleil.

La Bretagne redevenait presqu'île. Seul un Goâ - en breton Groa - relirait ce qui restait de Mayenne aux hauteurs bretiliennes : Hédé, Bécherel, Saint-Pern-nouvel-amer, le Couesnon en folie ayant fait du Mont une île très au large de l'ex Mont-Dol.

Urgent besoin de grand timonier !

Devant l'extrême urgence il fallait reprendre en main le destin.

A l'instar de la ville d'Ys, la côte cornouaillaise reculait. Comme lors des bombardements de la ville, les Lorientais quittaient l'Armor pour l'Argoet... restant vannetais. Vannes se replia vers les landes.

L'autre Ville d'Ys - rade rennais - était sous les eaux d'une bien nommée Vilaine & affluents - l'Ille et même un canal relié à la Rance.

Rennes ne serait point la plateforme financière escomptée !

Les écolos, vague après vague vertes, ayant supplanté ceux des vagues roses d'antan, n'en pouvaient mais devant le "vilain" tsunami bleu aux eaux pas très claires.

Nantes en Bretagne ne serait bientôt qu'un souvenir, la Brière comme le blanc pays - Gwerrann - étant en voie de submersion accélérée.

Restait l'ouest granitique, ce Massif armoricain seul rescapé face au Bassin et autres faluns.

Repli en bon ordre vers l'œkoumène atlantique, Menez quasi-déserts : Méné gallo (pas mégalo bien qu'annexant les contreforts du Penthièvre vers Fréhel, puis restachoù du Poudouvre bien nommé le pays des eaux) et bien sûr Méné Bré, Méné Hom, Menez Mikael, emblématiques sommets des Monts d'Arrée comme au sud, en Montagne noire, le Menez Du (Méné du 22 !)

Lassalle disparu, le dirigeant chinois hors-jeu, face aux fleuves en crue, Brostec se savait fragile.

Il avait intégré ça : un mandat unique était indépassable en ce nouveau siècle. Aussi, se tournant vers la seule société civile, s'efforça-t-il de créer son "ting-tang" (clin d'oeil chinois pour éviter l'ancien "think-tank"), réunissant les héritiers des anciens aménageurs célibiens : descendants des Ollivro, Andro - noms en O pour faire plus latino que Breizho' - l'O étant apotropaïque pour l'eau !

Il fallait non pas réagir, mais se projeter comme du plongeoir : identité-projet, avenir prospectif.

Nouveau cadre, le BEA : Breizh Eire Alba (nom gaélique de l'Ecosse indépendante), croissant celte - au beurre salé s'entend ! - pour supplanter la "banane bleue" bientôt submergée de Londres à Venise en passant par Amsterdam et la Ruhr.

Créer une "Nouvelle Bretagne" comme jadis le Bresilia du BREIS sur le site de l'ex Napoléonville. Mais Pontivy, en bord de Blavet, c'est trop inondable.

Il faut conforter Carhaix, passer de simple capitale administrative à la métropole de la neuve "écolonomie". Plutôt que Kareiz, sonnant paysan, plus que Vorgium rappellant le Romain, les celtisants proposent la forme du celtique ancien "Uorgion", difficile à prononcer certes mais rappelant en finale nos Sonerion, les Mabinogion de Galles, Kervosion et les toponymes "goélards" (oh pardon... du Goélo), voire kamion, rime de Bro-Lion, même si la ceinture dorée d'artichauts a bien pris l'eau.

Du sens ancien d'artisanat du chanvre - Z.A. faisant si moche vers Kergorvo - on garde l'idée de "réseau tissu". Des fouilles vers Goariva ayant mis à nu une zone de loisir antique on y bâtira un Celtiland encore plus attractif que Kerampuil. La ville nouvelle s'étendra vers les confins tels que Treffrin en 22... L'idée d'un aéroport international à Cléden(-Poher) sera reformulée en un Port aérien à l'ouest du Port-de-Carhaix napoléonien sur le canal de feu Nantes à Brest, sauvée des eaux. Ouvert aux seules aéronefs volant à l'hydrogène ou au solaire, ce sera une escale incontournable entre la Chine ou les Indes et les Amériques, en cas de trop gros nuages sur Le Huelgoat...

Tout sera relié à un réseau de villes moyennes, voire petites ou même vrais "trous" comme on disait jadis de Rostrenen, sur le modèle de l'ancien Réseau Breton devenant - via l'identité TGV à "Résa" - "Breizh Réso".

On ne pouvait reprendre aux cyclistes les anciennes voies métriques. A partir de modèles orientaux, on y contruira des VAL aériens assurant un abri aux cyclistes lors de grandes pluies que le climat subtropical amène comme autant de moussons. Au-dessus on installera, au gré des finances, des panneaux qui remplaceront l'éolien devenant caduc.

Le projet sera soumis au peuple breton sous un vocable lui rappellant En Avant : "Alter & Go !"

Francis FAVEREAU.
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