La Bretagne largue les amarres [Chapitre 17 - Partie 1]

Ils m'em...ces Bretons

« Ils m'em...ces Bretons »

Dans sa suite du Castel Marie-Louise, le président Xi Jinping se prélassait dans son bain d’algues de Lanildut réputées garantir souplesse et fermeté à l’épiderme. Un peu comme le régime de la République populaire : la main ferme sur les principes du Parti, aussi souple qu’une gymnaste de 10 ans dès lors qu’il s’agissait de causer affaires. Trois coups secs, signes d’une urgence, furent frappés à la porte. Le président Xi grommela et s’extirpa du bain à remous, un laminaire nord-finistérien collé au postérieur, rejeté fissa d’une pichenette tel un importun.

Le président et secrétaire général du Parti se devant d’être présentable, Xi Jinping enfila un peignoir de soie rouge brodé de son profil rayonnant au-dessus de la baie de La Baule. Son aide de camp, Fang Gongren, avait la mine contrariée de celui qui apporte de mauvaises nouvelles.

– Président, un odieux attentat contre votre nom a été commis la nuit dernière dans la bourgade de Carhaix, la capitale bretonne.

Interloqué, se demandant bien qui pouvait lui en vouloir dans ces contrées reculées alors même qu’il prêtait une oreille attentive aux revendications aussi variées que contraires des uns et des autres, Xi Jinping écarquilla les yeux.

– Je dois vous préciser, Président, que votre nom a été écrit en sinogrammes et que le mot-dièse #despote y a été injustement accolé !

Puis l’aide de camp baissa soudainement la voix, jusqu’à murmurer :

– Circonstance aggravante, Président, cette offense a été peinte sur… le monument aux morts.

Le visage de Xi Jinping s’empourpra, annonciateur d’une colère bouillonnante et d’une inquiétude rentrée quant au mauvais présage que portait symboliquement le monument aux morts.

–  Ils m’em… ces Bretons ! Impossible de placer un seul yuan de confiance dans ces peuplades de l’Ouest ! Regardez chez nous les Ouighours qui ne pensent qu’à faire sécession alors que nous leur avons apporté un développement pacifique… Si les Bretons ne veulent pas, comme eux, profiter de vacances dans des camps de travail, faites passer le message à leur président, ce satané Brostec : que les auteurs de ce forfait soient arrêtés sur le champ et lourdement condamnés ! Et mettez les meilleurs de nos agents du Guoanbu sur le coup que la vérité vraie me soit rapportée !

Tanguy Brostec avait tout lieu d’être satisfait de sa rencontre au sommet avec le président Lassalle. Non seulement le duo présidentiel était convenu d’une visite d’État en Bretagne, mais, plus complices que jamais, ils avaient trouvé le moyen de faire les poches bien garnies des Chinois. L’idée avait germé à l’attaque de la deuxième bouteille de Faugères – à moins que ce ne fut à la troisième – lorsque Jean Lassalle s’était exclamé : « Putain, les civelles ! » Son alter ego breton lui avait jeté un regard interrogateur. « Les civelles, Tanguy ! Nous allons signer un accord douanier pour relever les taxes à l’exportation sur les civelles dont les Chinois raffolent ! Et tu sais comme moi que le principal lieu de pêche de l’alevin de l’anguille se situe dans l’estuaire de la Loire, chez toi. Les civelles, de l’or en barre ! »

Le président breton en avait encore les yeux qui brillaient, imaginant les caisses de l’État se remplissant grâce au bébé anguille translucide. Acheté 500 € le kilo auprès des pêcheurs, il était revendu à 5 000 € en Chine, son principal marché : avec une taxe arbitrairement établie à 2 500 € du kilo par les deux présidents et un quota de pêche approchant des 15 tonnes, Tanguy Brostec voyait déjà une trentaine de millions d’euros levés pour la Bretagne.

Alors que le TGV présidentiel approchait de Rennes, le téléphone mobile crypté du président breton vibra puis sonna : La marche des volontaires, l’hymne national de la République populaire de Chine, troubla la quiétude du wagon de 1ère classe réservé à la délégation présidentielle. L’appareil avait été offert à Tanguy Brostec par Xi Jinping lors de leur première rencontre. Et le président breton avait oublié d’en changer la sonnerie et de la remplacer par le Bro gozh ma zadoù... Fang Gongren s’annonça et prit une voix irritée : il résuma l’affaire du dazibao injurieux de Carhaix, ne s’attarda pas sur la charge symbolique du monument aux morts et expliqua que le président Xi Jinping attendait des arrestations sans tarder.

Tanguy Brostec promit de résoudre l’affaire au plus vite et demanda au factotum de Xi Jinping d’assurer ce dernier de son empressement. Il avait d’ailleurs sa petite idée  et comptait bien faire d’une pierre – de granite – deux coups.

Franck Renaud.
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