La Bretagne largue les amarres [Chapitre 15 - Partie 2]

On va taxer les chinois

« On va taxer les chinois »

Le souvenir de la soirée arrosée au baïjiu pendant laquelle il avait obtenu du breton tout ce qu’il voulait fit sourire le président XI. Intérieurement. La démarche de cette meinu (belle donzelle en chinois) au caractère bien trempé méritait réflexion.

- Voulez-vous préciser vos objectifs, s’il vous plait.

- Eh bien, Monsieur, si vous dissuadez le président Brostec d’exécuter son oeuvre destructrice et que vous soutenez officiellement ma future candidature à la présidence de Bretagne, je pourrai vous obtenir des débouchés commerciaux, non seulement dans mon pays mais également en France où j’ai de solides appuis.

Xi Jinping faillit lui répondre qu’il avait déjà conquis bien des marchés, mais la perspective de pénétrer davantage celui de la France, si les opposants  à Lassalle dont elle faisait partie prenaient le pouvoir le tentait beaucoup. La « Bande des quatre », qui était trois (Chevènement, de Villiers, Auvin de Burelle) lui était très hostile, il le savait. Aussi Marie-Joëlle présentait une opportunité, ses requêtes satisfaites, de faire pression, en aidant ses complices à éliminer le président français, pour accéder plus facilement à la domination commerciale.

A l’arrivée du TGV présidentiel, gare Montparnasse, une haie d’honneur composée de gardiens de la paix et des représentants des bretons de Paris en costumes traditionnels, accueillait le président de la république de Bretagne Tanguy Brostec, et la première dame Ephyse Monnelart, surnommée par ses détracteurs : la môme lard. Le président de la République française Jean Lassalle dominant la foule de sa haute stature tenait en laisse son mouton préféré. Lorsque le train s’immobilisa l’orchestre de la Garde Républicaine attaqua le nouvel hymne breton composé par le petit-fils de Gilles Servat, intitulé : BREIZH KERANTEZ DA VIKEN. (Bretagne amour pour toujours).

Quand Brostec apparut ce fut du délire. Une petite fille avec une coiffe de Quimper lui offrit un bouquet de fleurs en faisant une légère génuflexion.  Ensuite il disparut  dans les bras du monumental président français tandis que le mouton broutait ses fleurs. Ephyse, elle, étreignait la compagne de Lassalles, une robuste septuagénaire qui sentait bon l’ail et le romarin. La foule derrière eux hurlait « Degemermat » « Bevet Brostec ». D’autres, moins nombreux, criaient « Les ploucs, au souk ! » Dans la spacieuse voiture tirée par quatre superbes chevaux frisons ils entamèrent un panier-repas rempli de produits du terroir pour patienter durant le trajet jusqu’au parc de Saint-Cloud où le président français avait fait construire un grand chalet pyrénéen pour sa résidence officielle avec une ferme attenante. Le palais de l’Elysée qu’il avait abandonné était devenu un EHPAD pour indigents. Les moments d’allégresse un peu calmés, la petite faim un peu rassasiée, on aborda les choses sérieuses avec un verre de Faugères.

- Si j’ai voulu te voir Jean, commença Brostec, c’est parce que ma situation en Bretagne se dégrade.

- Oui, je m’en doutais fiston.

- Les opposants menés par Ar Gall du mouvement écolomiste, le FLB des bigoudens et surtout Auvin de Burelle avec son parti LAF montent en puissance. Mon service de renseignement m’a averti aussi de ses contacts chez toi. Ajoute à cela Xi Jinping qui joue sur tous les tableaux, quitte à se contredire, il y a de quoi être inquiet.

- Eh oui mon Tanguy, tu n’aurais jamais dû accepter son appui.

- Je sais, mais il fallait bien financer ma campagne. De plus il a été le premier à reconnaître la république de Bretagne. Et maintenant il est d’accord pour financer le revenu universel breton !

- Il te le fera payer cher ainsi qu’à toute la Bretagne.

Brostec omit de relater à son ami les promesses que le président chinois lui avait extorquées sous l’emprise de l’alcool

- Alors, que peut-on faire ?

Lassalle se reversa une bonne rasade de Faugères qu’il absorba d’un coup.

- Moi aussi je suis au courant que cette sal…que cette abominable bonne femme magouille en France, qu’elle secoue ses burettes auprès de la Chevènement et du Villiers. Elle pense te virer avec l’appui du chinois, et une fois qu’elle aura réussi elle essaiera la même chose avec moi.      

Un grand silence, ponctué par le bruit des roues du carrosse et le bavardage des femmes, s’installa pendant quelques secondes. Le président français en sorti le premier.

- Ce ne sont pas les enfiffrés qui manquent, c’est le pognon.

- C’est bien vrai renchérit Brostec. Mais…comment on en trouve ? 

Lassalles le regarda en souriant.

- On va taxer les chinois !…Intelligemment …

Gérard Chevalier.
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