La Bretagne largue les amarres [Chapitre 15 - Partie 1]

L'allié chinois

L'allié chinois

Elle se réveilla brutalement, frappée par une évidence dont l’élaboration avait dû macérer longtemps au fond de sa matière grise. Il fallait ne rien faire dans l’immédiat, certes, mais s’installer au coeur du pouvoir, en faisant mine d’allégeance, pour mieux le torpiller. C'était LA solution. Le président Brostec serait dans un premier temps soulagé de constater une accalmie au sein  de son principal parti d’opposition. Marie-Joëlle Auvin de Burelle venait de fonder dans son esprit la structure qui allait à la fois rallier tous les opposants à cette lamentable république de Bretagne et construire ce grand parti unique et incontestable qui remporterait la victoire aux prochaines élections, aussi bien en Bretagne qu’en France. Elle avait réfléchi intensément pour trouver un titre efficace. Cela avait été comme une illumination dans son brillant cerveau. Ce serait : Grand Rassemblement En Lois  Ordonnées Traditionnelles. Le GRELOT ! L’implantation se ferait dans  les départements en recrutant les mécontents de tous bords. Partout son GRELOT s’agiterait, attirant immanquablement l’adhésion à un son nouveau de la politique.

Chaque membre acceptant impérativement en signant son adhésion de rester dans l’ombre jusqu’au moment fatidique de la révélation du parti. Ah, quelle joie de constater que les adversaires se sentant battus ne pourraient que …GRELOT...TER !

Et le GRELOT ferait triompher par ricochet le LAF (Loire AtlantiqueFrançaise), avant que le PAF (Parti Authentiquement Français), balaye de sa vague bleu foncé la république des moutons du président Lassalle. Ce serait aussi la victoire du paritarisme : les femmes secoueraient le GRELOT de leur énergie créatrice !

Mais il y avait un problème tragique à résoudre immédiatement. Par un député-espion, bien en cours auprès du président Brostec, le projet de démolir les chapelles et les calvaires pour en récupérer le granit afin de construire le mur de séparation entourant la Bretagne, lui était parvenu. Pour Marie-Joelle c’était monstrueux, inacceptable. Il fallait agir, vite.

Une décision s’imposait : rencontrer XI Jinping, le président chinois, en toute discrétion. Le député-espion se chargea de la tractation, et en quarante-huit heures Marie-Joëlle Auvin de Burelle fut convoquée à l’hôtel Castel Marie-Louise, à la Baule Escoublac par les services chinois. Elle avait soigneusement préparé ses arguments afin de faire participer la Chine à l’anéantissement du funeste projet de Brostec. Néanmoins elle se sentit toute intimidée en présence du président le plus puissant de la planète, accompagné de son interprète et de quelques membres de sa garde rapprochée. Xi Jinping n’était pas non plus à l’aise malgré son air placide devant cette splendide jeune femme. Après quelques échanges de politesse, Marie-Joëlle, sentant l’ambiance coincée de leur rencontre, tenta de faire sourire l’imposant personnage.

- Savez-vous Monsieur qui a inventé les engrenages ?

- Mais non, chère Madame.

- Eh bien c’est un chinois !

- Ah ! Cela ne m’étonne pas. Nous avons inventé tellement de choses !

- Et qui a inventé cette chanson typique du nom de Tyrolienne ?

- Je ne sais toujours pas.

- C’est le même chinois quand il s’est pris les roubignoles dedans !

L’interprète devint orange, mélange du jaune et du rouge. Xi Jinping était stupéfait.

- Quel est exactement le but de votre visite, dit-il, après un silence ambigu.

Marie-Joëlle se rendit compte qu’elle avait fait un bide. Parfois ses plaisanteries influencées par un oncle officier de marine n’étaient pas forcément de la plus grande délicatesse. « Tant pis, se dit-elle, qu’il aille se faire voir sur la Grande Muraille ». Sa pensée la remit illico sur le motif de sa visite.

- Vous n’ignorez pas, Monsieur, que le président Brostec s’apprête à construire un mur autour de le Bretagne ?

- Ah ? Je croyais qu’il avait abandonné ce projet, mentit Xi toujours bien renseigné grâce à un fabuleux réseau constitué d’hommes corrompus dotés de techniques révolutionnaires.

- Non, au contraire ! Et il veut le faire en démolissant notre patrimoine pour en récupérer les matériaux. Alors qu’il pourrait le faire en achetant votre granit !

- « Tiens, se dit le chinois, intéressant ! »

- Et je suis sûre, enchaîna Marie-Joëlle, que vous avez constaté chez Brostec des absences de volonté, que dis-je, des faiblesses indignes de sa fonction. 

Gérard Chevalier.
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