Le coq, le crocodile et le pangolin

Coq (Nono)

J’ai vu le coq prendre un bain de pieds dans la mare aux canards. D’habitude, il boit dans sa gamelle et se roule dans la poussière avec ses cinq poules.

Qu’est-ce qu’il lui prend ?, me suis-je demandé. Les canards, itou. Ils ont accosté et se sont dandinés en hochant la tête avec des coin-coins agacés. « Mare nostrum ! Quoi, merde ! Un gallinacé vient nous polluer notre espace liquide vital », ai-je cru deviner de leurs échanges.

Cela ne répondait cependant pas à la question fondamentale : pourquoi un coq, semblant sain de corps et d’esprit, allait tremper ses papattes dans l’eau froide ? Avait-il de la fièvre ? Etait-il atteint d’un coronavirus asymptomatique spécifique à son espèce ?

« Et le réchauffement climatique ? Tu songes au réchauffement climatique ? » m’a susurré une petite voix intérieure. Les espèces animales ont évolué au cours des ères précédant notre époque, à coups de glaciations, de réchauffements, de re-glaciations et de re-réchauffements... Certaines ont disparu, d’autres ont changé d’aspect et de comportements.

Il y a des millions et des millions d’années l’oiseau avait de nombreuses similitudes avec les crocodiles et autres alligators. Similitudes qu’on retrouve partiellement aujourd’hui. Observez les pattes d’un poulet, elles sont couvertes d’écailles, comme les géants des fleuves africains ou des mangroves américaines. En résumé, le poulet et le crocodile sont des cousins. Des cousins lointains, certes, mais des cousins quand même. Et le pangolin, me direz vous. Il a des écailles aux pattes lui aussi.

Pris de panique, j’ai couru chercher un thermomètre, chopé le coq et pris sa température. 37,2 ! Donc pas de trace de coronavirus... Et possibilité future de déguster un coq au riesling.

Rassuré côté gastronomie, je reste inquiet côté climat. Je surveille la volaille quand elle approche de la mare et interroge fiévreusement le baromètre.

 

Louis Le Méter.