Le 8 Mai et les futurs anciens combattants du Covid 19.

Le 8 Mai et les futurs anciens combattants du Covid 19.

Il y a huit jours, on nous a supprimé le 1er Mai. Voici que le 8 Mai va subir le même sort : pas de rassemblement aux Monuments aux Morts et donc, pas de lecture non plus du message de Geneviève Darrieussecq, Secrétaire d’État auprès de la Ministre des Armées Florence Parly. J’espère que vous saviez qu’il y avait bien, en France, un Secrétariat d’État auprès du Ministère des Armées, et que sa titulaire était bien la Geneviève susnommée. Je me permets de le rappeler, car je ne manque jamais une occasion de faire un peu d’éducation civique. Remarquons aussi, au passage, que tous nos généraux et amiraux sont commandés, en France, par deux femmes. Chapeau bas, le féminisme !

 Mais ce n’est pas tout : ce 8 Mai, il nous manquera aussi la fameuse minute de silence qui ne mesure pas exactement 60 secondes dans toutes les communes. Cela dépend du tempérament du maire. Certains sont des impulsifs et font des minutes de silence en moins de 50 secondes. D’autres sont plus lymphatiques et s’en tirent en 80 secondes. Et puis, très important également, le pot de l’amitié offert par la municipalité. Eh bien, cette année, ceinture ! C’est pourtant le moment fort du patriotisme. Et chacun de se souvenir, le verre à la main, de son arrière-grand-père qui a fait Verdun en 14, de son père qui a été prisonnier de guerre en Allemagne en 39, qui s’est évadé …et même, au 2ème verre, qui a fait de la résistance. Parfaitement ! Et nous les Anciens d’Algérie qui avons baroudé dans le « bled », comment on en a bavé. Ne manque ici que les « Anciens de Mai 68 ». Mais c’est un autre chapitre à ne pas trop évoquer le 8 Mai.  Certains anciens combattants sont susceptibles sur le sujet. L’essentiel, c’est d’être « ancien » de quelque chose.

Mais au fait, la génération actuelle, qu’est-ce qu’elle dira aux plus jeunes ? Elle dira :  Nous, on a fait la troisième guerre mondiale : la pandémie de 2020. » Organisera-ton des sections d’anciens combattants du Coronavirus ? Car on verra plus tard que ce fut une vraie guerre. C’est le président de la République lui-même qui l’a déclaré solennellement le 15 Mars, lors d’un discours à son peuple. Et c’est sur un ton très martial qu’il a appelé à la mobilisation générale. Mais plusieurs années après, ce qui authentifie une vraie guerre se mesure à l’activité des anciens combattants qu’elle a produits. Ils sont là pour ça ces vaillants grognards. Pour se souvenir. Pour qu’on n’oublie pas. Pour que ça ne recommence pas. Alors, un jour viendra où Il faudra bien décorer les héros de ce combat, leur attribuer « la carte du combattant », avec une petite pension sans laquelle cette distinction n’en serait pas vraiment une.

Mais là où les choses vont changer, c’est quand on s’apercevra que les héros de cette guerre étrange furent surtout des « héroïnes peu galonnées » : des soignantes et des caissières.  Cela va bousculer la tradition de cette vénérable UNC (union nationale des combattants) dont la qualité principale n’est pas le féminisme, sauf sous l’angle du guerrier au repos.

Elie Geffray.

Texte publié dans L'Hebdomadaire d'Armor.