Journal du (dé)confinement. Mai, Paris, mai !

Journal du (dé)confinement Mai Paris Mai
Mai Paris Mai Claude Nougaro

Voilà, en ce lundi 11 mai, le confinement s’achève et Paris ? Paris ? Tout à l’heure, Paris s’éveillera, comme les habitants du château de la Belle au bois dormant. Depuis deux jours, un peu plus de passants dans les rues, un peu plus de voitures sur les chaussées. Des soubresauts, des visages, masqués, des fantômes derrière les vitrines encore éteintes. Et comme par hasard, après ces presque deux mois d’été suspendu aux cimes, après cette pleine lune de mai, de lait et de douceur nacrée, après ces arcs-en-ciel irréels jaillis de nulle part, le phare de la tour Eiffel se noie dans la brume. Le ciel lâche. D’un seul coup. Sans prévenir.

L’orage balaye tout, les feuilles et les branches affaiblies, les pétales des fleurs fanées, les vieux papiers salis, les histoires accrochées aux grilles rouillées. Ses torrents ruissellent du ciel, inondent les caniveaux d’où jaillissent des gerbes d’éclaboussures. Dans l’instant, les trottoirs se vident à nouveau. La pluie fait des claquettes. Elle nettoie les visages, aère les esprits enlisés. Et Paris ?  "Et je te prends Paris dans mes bras plein de zèle...Est-ce nous qui dansons ou la terre qui tremble, sa passion du futur, sa chronique amnésie ", scande Nougaro le poète. On le devine et on l’espère, bien sûr, une autre vie commence, rien ne sera plus comme avant… Il est 5 heures, Paris… Paris s’éveille ? Paris ? Je n’ai pas sommeil.

Frédérique Jourdaa