J8. Lundi 23 mars 2020

Salut GOUL !

SALUT GOUL !

Mon ordinateur n’a pas voulu s’éteindre hier soir, je ne sais pas pourquoi. J’ai eu beau forcer à quitter, j’ai fait échap, j’ai fait contrôle + bidule, alt machin, fn truc, suppr… et je ne sais quoi encore, rien à faire. J’ai tout débranché et je suis allé me coucher en pestant grrrrr… rogntudjieu….contre  cette fucking technologie informatique qui nous rend neuneu.  
Et ce matin, le visage de mon fils est là, en fond d’écran. Comme une apparition. Salut Goul !
Cela fait deux ans, jour pour jour, que Goulven nous a quittés. Mon fils a été emporté par un cancer des poumons. En dix mois. Dix mois à souffrir, à lutter contre une sale bête invisible qui lui a rongé le coffre. C'était trop cruel. Injuste. On n'accepte pas ce genre de saloperie, jamais. Le temps n'efface rien du tout, foutaise. Il aide tout juste à comprendre le processus médical, l'enchaînement sanitaire implacable, l'issue mortelle inévitable. Et il faut se lever de bonne heure pour comprendre le pourquoi du comment. Je n'y suis pas encore parvenu. Goulven était un garçon plein de talents, lumineux. Il s'est éteint comme tous les autres malheureux touchés de plein fouet par cette saleté immonde.
Le cancer tue des gens formidables tous les jours, on le sait bien.
Salut Goul ! J’sais pas si t’es au courant mais on est dans de beaux draps, ici-bas.  Encore une belle vacherie, ce coronavirus. J’espère que sur ton île lointaine, tu t’es mis à l’abri des toussoteux et des postillonneurs ; t’as eu ton compte. J’espère que tu dessines et écris à remplir des tas de carnets, que tu dévores des piles de bouquins et de Bd, que tu écoutes toutes les musiques que tu aimes. Comme nous, finalement. A vrai dire, il ne nous reste plus que ça à faire de bien. Ou presque. Avant que ce satané virus nous bouffe la vie à tous, dans deux mois, trois mois, dix mois… L'avalanche de chiffres qui nous tombe dessus chaque matin fait froid dans le dos.  On a fini de rigoler, maintenant on va morfler, c’est sûr.
Le coronavirus va aussi tuer des gens formidables, on s'en doute bien.
Salut mon Goul ! On est très triste depuis que tu es parti. Et ce n’est pas ce qui nous arrive aujourd’hui qui va nous réconforter.  Et nous rendre le sourire.
J’arrête là ; je vais essayer d’éteindre mon ordinateur. On se voit demain ?

Par Yves QUENTEL.