COURS TOUJOURS !

Grand soleil et ciel bleu comme aux plus beaux jours de l’été. Ici, c’est le paradis en Sud-Bretagne.
Justement, je viens de me taper la cote du Paradis, sur la route du bord de mer, entre les plages de Dourveil (Névez) et de Kersidan (Trégunc). Je ne l’aime pas cette bosse. T’arrives en haut, c’est l’enfer dans tes poumons. Pffffff… Mais c’est surtout la vue qui coupe le souffle. L’île Verte, et Groix derrière ; devant sur la gauche, les Glénan. Penfret, Fort Cigogne. Je devine St Nicolas, la langue de sable de Guiriden. Mes destinations habituelles en voilier. Oui mais là, t’es sur ton vélo, mon pote. Fais gaffe à ta moyenne, pas le moment de rêvasser. Entraînement d’hiver oblige. Le nez dans le guidon, je fonce. De toute façon, en ces temps de Coronavirus,  il n’y a personne sur la route. Incroyable. Je n’ai vu que deux ou trois voitures en une heure, c’est tout. Et trois ou quatre tracteurs agricoles, sur les petites routes. Tiens, je vais passer par le village des chaumières, j’adore. A la sortie du virage, une voiture. Police municipale, stop !
- Qu’est-ce que vous faîtes par ici ?  - Ben, vous voyez, je fais du vélo… 
- C’est interdit ! - Ah bon ? J’ai mon Ausweiss, pardon… mon attestation dans la poche de mon maillot..
- Vous allez où comme ça ?  - Je m’entraîne pour la course de Kermen
- C’est quoi ça ? - Ben… c’est le Grand Prix de Bulgarie* !
- Hein ? De toute façon c’est annulé ! Allez hop, circulez… et rentrez chez vous, hein ! »
Nomdeutchieu, je crois que j’ai eu du bol. Je n’étais pas tout à fait « dans un périmètre proche » de chez moi pour une « activité physique individuelle». Pour aggraver mon cas, et  arrondir mon compteur kilométrique, je décide de passer de l’autre côté de Trévignon. Visiblement, il n’y a plus d’heure à la Pointe. J’ai connu pire. Dès les beaux jours, c’est la place de la Concorde ici. Je prends la route des Etangs, cool. Voici Pendruc. Chaque dimanche, avec les gars du club, on déboule ici à fond de balle. Je connais la descente, le virage à gauche  et aussitôt après, la légère montée qu’on avale tranquille, avec l’élan. Si tu n’as pas l’élan, la bosse, tu te la prends dans la face, mec.  C’est là que j’aperçois  vaguement à contre-jour deux types en tenue sombre en train de zieuter des gens sur la plage. Et l’un d’eux qui enfourche son VTT pour me suivre. Vas-y mon gars, t’as intérêt à mettre du braquet ! Je me retourne, je comprends vite. Encore un policier municipal, vététiste celui-là. Ça va chier. Grâce à mon élan, j’avais déjà 200 mètres d’avance, facile. Cours toujours, mec ! En haut de la bosse, j’ai vu que le type avait fait demi-tour. Ouf ! Plus facile de choper des promeneurs sur la plage, ils avancent moins vite. Renseignement pris, j’ai su que certains cyclos avaient été épinglés dans le coin.
Et pendant ce temps, ce satané virus court toujours. Même pas verbalisé, lui.

Par Yves QUENTEL.