CORONAVIRUS NON, CHOLESTEROL PEUT-ETRE

On le sait, les emmerdes volent en escadrilles. Et à des vitesses variables. Si le Coronavirus franchit régulièrement le mur du son dans un fracas de plus en plus angoissant, ma Dacia roumaine, elle, gravit péniblement les 130km/h… enfin quand elle roulait. Parce qu’elle est en rade depuis huit jours sur le parking d’un supermarché. Panne de démarreur. Je me suis mis au vélo. Deux fois par semaine je m’extrais de ma cambrousse pour aller au bourg faire quelques courses et soigner le galbe de mes mollets de futur coureur cycliste. Une poignée de kilomètres. Et voilà qu’avant-hier, dans le cadre des emmerdes qui volent etc…etc, on nous a demandé de réduire nos consommations d’eau. A cause, entre autres, a-t-on souligné, de ces citadins qui ont rappliqué dans les campagnes de façon inopinée, à un moment qui n’était pas prévu. Allez, un pas de plus vers le survivalisme !

Comme il ne faut surtout pas se laisser abattre, j’ai pointé le nez l’autre jour au petit marché de Névez (Finistère) : même pas une dizaine d’étals et à peine plus de clients à 8h du matin, bien séparés les uns des autres par un bon mètre de sécurité, sous l’oeil vétilleux de la garde-champêtre que des amis ont affublé du sobriquet redoutable de Calamity Jane. C’est son heure de gloire, son quart d’heure de célébrité. Elle vérifie les ausweiss. Réprimande les imprudents. Si elle le pouvait, elle trouerait bien la peau de ce foutu virus. Je le vois bien, à son regard. On ne rigole plus !
Devant moi, à la camionnette du boucher-charcutier, un petit père extrait de sa poche un papier griffonné d’une liste de viandes et de charcutaille longue comme le bras. A la guerre comme à la guerre.

-Alors mettez-moi un rôti de porc dans l’échine ?
-Combien grand ? interroge le charcutier.
-Vous pouvez y aller, répond le petit père. Et aussi cinq grosses saucisses, et du jambon braisé, et du lard blanc et du fumé, et du pâté de campagne.
-Normal ou au poivre ?
-Mettez donc les deux.

On arrive au bout de la liste. La queue s’est sensiblement allongée. Avec le regard fautif de celui qui a déjà largement dépassé la dose, le P’tit Père en remet une couche, en baissant d’un ton : « Allez, je prendrai bien aussi une barquette de graisse salée. Juste quelques bonnes cuillerées ! »
Ouh la la, je me dis, on arrivera peut-être à terrasser le virus ces prochaines semaines mais je crains que le cholestérol n’ait de beaux jours devant lui. Ca me rappelle ce refrain de Serge Kerguiduff. Dans les lointaines années 70, il ricochait de juke-box en arrière-salles de bistrots à travers la Bretagne.
« C’est bien gentil de faire ripaille Au vieux pays de Cornouaille Mais quand livrerons-nous bataille ? »

Par Marc PENNEC.