J.M.G. Le Clézio, Chanson bretonne, suivi de L'enfant et la guerre. Deux contes.

En 2014, J.M.G. Le Clézio convenait de confier, aux compères Emile Kerjean et Paolig Combot, les regards qu'il portait sur la Bretagne, à laquelle il s'identifie, mais sans exclusive.
Skol Vreizh édita ces longs entretiens sous le titre « J.M.G. Le Clézio et la Bretagne ».

Il est vrai que l'écrivain, souvent engagé en faveur de peuples malmenés, comme celui des îles Chagos , chassé vers Maurice et les Seychelles, en 2008, et de nouveau en 2017(« Un écrivain aux côtés des damnés de la terre », Nicolas Truong, Le Monde), a conduit ses lecteurs à travers le vaste monde, île Maurice, Japon, Mexique, tant d'autres, et s'il aimait rappeler ses origines bretonnes, ses livres ne s'y étaient attardés.

Et voici donc enfin cette Chanson bretonne suivi de L'Enfant de la guerre  ; ne pas ignorer le sous-titre Deux contes .
Il ne s'agit donc pas d'esquisser, en guise de présentation, l'intrigue d'un roman.

Né au printemps 1940, à Nice, sa mère tenue à fuir la Bretagne, J.M.G. Le Clézio passera les années de guerre dans la vallée de la Vésubie, à Roquebillière :  Est-ce que les habitants de ces villages ont fait preuve de compassion ? Plus tard, ils se montreraient très généreux avec des migrants clandestins venus d'Italie. 

Collusion de temps imprévisibles, le père se trouve en Afrique, où la famille ne pourra le rejoindre qu'à la Libération.
Riches et libres années :  C'est l'Afrique qui va nous civiliser

La Bretagne première, ce sont les trois mois de vacances d'été d'alors, à Sainte-Marine,entre 48 et 54, Le pays qui m'a apporté le plus d'émotions de de souvenirs. , car c'est d'abord le temps des gosses (et non des enfants ou des jeunes), celui où, près du vieux bac, L'Odet sur une plate  nous paraissait grand comme l'Amazonie .

Car il est remarquable comme les frères Le Clézio, bien que  parizianer, et donc objets de moqueries, mais somme toute moins moqués que nous l'étions dans le sud , s'intègrent à ce peuple de gosses bigouden, dont ils adoptent, autant que possible, le langage pour s'interpeller en breton,  une langue pour être dehors, pour crier, pour jurer, pour s'injurier.

Il en mâcherait les mots quand il écrit Beg an Dorchenn, face à La Torche, et suggère au passage que Marine ne fut jamais un prénom breton, et, Sant Voran, le saint du lieu, est bien du masculin.
Ceux qui vécurent cette liberté des grèves et des vieux ports, en Bretagne, dans les années 50 et même 60, ne peuvent que se retrouver dans ces récits, dont la sobriété de la langue déclenche la magie.

Et si la fête au château du Cosquer, une fête de rêve , n'est pas sans faire écho à celle du Grand-Meaulnes , le comique n'est pas loin quand les 2cv des bonnes soeurs(le film avec de Funès n'a rien inventé)roulaient à travers champs .

Il y a aussi une violence retenue, quand revenu plus tard au pays, il observe les méfaits du remembrement, la gabegie routière, la perte de la langue,  la génération qui a renoncé à sa langue maternelle … fut souvent celle qui se retrouva aux premières lignes des conflits, en particulier la dernière expédition coloniale imposée aux ruraux, la Guerre d'Algérie.

Et si conte il y a, il faut laisser le lecteur en prendre la clé auprès de ce  Héros breton , Hervé, probable voisin que l'auteur retrouve lors de ses séjours à Poullan.
Nulle nostalgie,  les souvenirs sont ennuyeux , et garder vaille que vaille, la confiance en des jeunes(qui) ont décidé de changer la vie. C'est en partie par eux que la Bretagne vivra

On devine un homme qui marche, parcourt les chemins, accueille la simple merveille : Je ne sais rien de plus beau qu'un champ de blé devant la ligne des dunes ou le long des falaises.

Difficile de ne pas rapprocher Chanson bretonne et Gens des nuages, quand Le Clézio entreprit un autre voyage des origines, vers celles de sa femme, au cœur des villages et campements, au sud du Sahara occidental, ce pays au péril d'une conquête, sur laquelle l'Europe ferme les yeux ; incompréhensible et scandaleux, écrivait-il, tandis que nous ignorions la détresse du peuple Chagossien.

JPN.