Sabella : vers l’indépendance énergétique des îles

Sabella-D10

Sabella est une jeune entreprise bretonne. Son crédo ? Les hydroliennes. Après un premier test réalisé sur une machine à l'échelle 1/3, Sabella construit Sabella D10, une hydrolienne marine qui sera prochainement immergée dans le passage du Fromveur, en face de l'île d'Ouessant. Elle devrait répondre à 25% des besoins en électricité des ouessantins.

Sabella est un projet né en 2000. A l’époque Jean-François Daviau, aujourd’hui Président de Sabella et Hervé Majastre, alors chercheur à l’UBS, travaillent sur la construction d’une hydrolienne. « Les premiers essais de leurs prototypes se font dans leurs garages, dans leurs baignoires » s’amuse Diane Dhomé, chef de projet chez Sabella. En 2007 un consortium est signé entre les deux chercheurs et quatre entreprises bretonnes pour construire un prototype à échelle 1/3 : Sabella D03. Ce prototype sera immergé à l’embouchure de l’Odet à Bénodet pendant un an. Il ne sera pas raccordé au réseau mais monitoré et suivi attentivement. Suite à cet essai encourageant, l’entreprise Sabella est créée en 2008 par les deux chercheurs et quatre entreprises bretonnes (Hydrohelix énergies, In vivo environnement, Dourmap et Sofresid).     
En 2009 Sabella sort lauréat d’un appel à manifestation d’intérêt lancé par l’ADEME pour des démonstrateurs en énergies marine. Le projet consiste à construire la même hydrolienne que la D03, mais à échelle réelle, c’est-à-dire avec un rotor de 10m de diamètre et de l’immerger dans le passage du Fromveur en face de l’île de Ouessant. L’assemblage de l’hydrolienne, Sabella D10, est en cours au port de Brest. Pour la fabrication des différents éléments Sabella travaille avec des entreprises bretonnes ou tout au moins françaises si la compétence n’est pas disponible sur le territoire.    

Le grand bain prévu pour cet été    
Sabella D10 sera baptisée le 24 avril et sera immergée en mai-juin 2015. Pour l’entreprise finistérienne, Sabella D10 est un premier essai. Elle devrait permettre de répondre à 25% des besoins en électricité des ouessantins. « Aujourd’hui Ouessant est complètement dépendante au niveau énergétique. La production électrique se fait grâce à quatre groupes électrogènes, qui nécessitent l’importation de quatre millions de litres de fuel chaque année. Il arrive très fréquemment que ces groupes tombent en panne, comme durant l’hiver 2013 ou deux des groupes étaient en maintenance et les deux autres sont tombés en panne ce qui a causé un blackout sur l’île pendant plusieurs heures » explique Diane Dhomé.     

Les risques environnementaux à l’étude    
L’entreprise finistérienne prévoit à terme de créer une ferme pilote dans le passage du Fromveur. Cela assurerait à Ouessant une indépendance énergétique et pourrait également permettre de fournir le continent. Sabella D10, comme sa petite sœur D03, permettra dans un premier temps d’étudier l’impact environnemental de l’implantation d’hydroliennes sur les fonds marins. La création de la ferme pilote devrait se faire progressivement, afin de permettre aux chercheurs, notamment ceux de l’Ifremer avec qui Sabella collabore, d’étudier tous les aspects environnementaux : perturbation de la faune et de la flore, évolution des courants, passage des sédiments, etc…    
Il faut en effet rappeler que Sabella D10 sera immergée dans le parc national marin d’Iroise, zone protégée.

Une solution énergétique qui s’exporte    
Sabella compte bien capitaliser sur son modèle énergétique insulaire. Comme Ouessant, à travers le monde, les îles sont le siège de réseaux électriques isolés principalement alimentés par une énergie thermique fossile (souvent hydrocarbures sujets à tendances inflationnistes, et nécessitant leur transport maritime et stockage), et caractérisée par une demande électrique d’ordre résidentielle et touristique et donc peu lissée, avec un coût très supérieur à celui induit par les mix énergétiques diversifiés sur les réseaux interconnectés continentaux.     
Sabella vient d’ailleurs de signer un premier partenariat industriel avec l’Indonésie, pays comptant plus de 17 000 îles.      

Pour plus d’information sur l’entreprise Sabella : www.sabella.bzh  et sur l’hydrolienne D10 : www.sabellaD10.bzh     
 

Elodie Cloarec