Nous, Français, sommes formidables

Emmanuel Macron doit être très heureux et très fier : être le Président de gens comme nous, c’est vraiment une chance incroyable que ses homologues du monde entier doivent lui envier. Ce n’est pas pour nous flatter, mais il faut le dire : nous sommes formidables.

 Le Président a un problème avec une taxe carbone dont la hausse passe mal ; il annule la hausse, mais ne veut pas avoir l’air de capituler comme ça en rase campagne, alors il s’empare de l’idée d’une convention citoyenne sur le climat chargé de faire des propositions pour réduire les émissions de gaz à effet de serre sans oublier cette fois de respecter la  justice sociale. Cent cinquante d’entre nous sont choisis par tirage au sort.

 Nous ne sommes pas des experts, nous ne sommes pas des militants écologistes, certains d’entre nous l’ont avoué après : ils n’y connaissaient vraiment rien au problème du climat et ont failli tomber de leur chaise quand des experts, des vrais,  leur ont expliqué à quel point il était urgent de trouver des solutions et pas des gadgets, non, des vraies solutions permettant de résoudre le problème et de mettre un terme au réchauffement climatique. Eh bien, nous l’avons fait, en tout juste neuf mois, et notre devoir était si bon que le Président de la République n’a pratiquement  pas eu à sortir son stylo rouge pour corriger les fautes.  Il n’est pas allé jusqu’à donner un 20/20, mais c’est tout comme.

Il faut voir le document : 460 pages et pas du baratin, rien que lourd, du concret, avec des explications et des projets de textes de lois ou de règlements.  Les journalistes, comme d’habitude, n’ont rien vu, rien compris : ils ont juste regardé le résumé de nos propositions et rigolé parce qu’on parlait de rouler à 110 km/h sur l’autoroute. Mais regardez notre rapport : un vrai travail de pros.  Pour les 110 km/heure, par exemple, nous avons tout expliqué, tout calculé : la réduction des émissions de gaz à effet de serre que cela permettrait et l’argent que cela ferait économiser, nous avons regardé ce qui se faisait ailleurs en Europe mais aussi en Amérique, et nous avons rédigé le texte du nouvel article R 313-2 du Code de la route.  Cinq pages en tout, rien que pour cette mesure qui a été retoquée, mais ce n’est pas grave.

En tout cas, si les ministres, députés et sénateurs ont un autre problème et ne savent pas comment s’y prendre, qu’ils nous fassent signe : nous les dépannerons en deux temps trois mouvements.

Juste un petit détail pour terminer. Ce n’est pas important, mais il faut le dire tout de même : tous les gens qui sont venus organiser notre travail et nous donner un coup de main, ils s’y connaissaient drôlement bien et nous ont joliment aidés. En plus ils ont été vachement sympas et modestes : dans les cérémonies officielles, ils nous ont laissés occuper les premiers rangs et prendre la parole, comme s’ils n’avaient  rien fait, eux.  Vraiment corrects.  Franchement, avec des gens comme ça, nous nous sentons prêts  à aborder n’importer quel problème.