Et caetero, la websérie brestoise primée à Bueno Aires

Pierre Binjamin et Simon Pensivy - Et caetero - websérie bretoise

Et caetero, websérie collaborative brestoise lancée en 2014 vient d’être primée au Bawebfest de Bueno Aires. Retour sur la saison #1 de cette série et leur séjour en Argentine. Rencontre avec Simon Pensivy, coréalisateur et Pierre Binjamin, acteur incarnant le rôle de Pierre dans la série.

PBM : Comment est né ce projet de Websérie ?  
Simon :
A la base je porte le projet avec Fabien Migliore. On bosse pas mal en corporate tous les deux et au tout départ on avait du matériel à tester. Un soir on s’est branché avec Hervé, qui est le personnage principal, pour filmer une courte séance un peu fictionnée. On partait d’un mec qui arrivait en stop à Brest de nuit. On s’est dit que c’était un peu dommage, comme tous les tests vidéo, de le laisser dans un coin sur l’ordi et de ne rien en faire. On s’est dit que ce serait cool de mettre ça sur Internet et comme on n’est absolument pas scénariste et qu’on avait ni la motivation ni les capacités pour écrire un scénario hyper développé, on s’est dit qu’on allait demander aux internautes d’écrire la suite. On a créé une page Facebook super rapidement. Avant même d’avoir tourné la première séquence on avait déjà 150 personnes qui nous suivaient, sur du rien.
On s’est ensuite mis sur un rythme hebdo, à choisir les suites le mardi, les adapter pour le tournage le mercredi. On tournait le jeudi soir, le vendredi et samedi matin c’était la post-prod et la diffusion le samedi à 18h. On publiait les vidéos sur Viméo et les relayées sur Facebook avec une balance automatique des post Facebook sur Twitter.

Comment avez-vous géré le côté collaboratif de la websérie ?
Pierre :
Ce qui a été drôle avec le côté collaboratif c’est que la série a commencé à trois, sans équipe, sans ingé son, juste un acteur et deux réalisateurs, au deuxième épisode on est déjà quatre et puis on est arrivé très vite à 7, le noyau dur de l’équipe. En tout 13 personnes ont travaillé sur le projet.
Simon : Il y avait aucune limite sur l’écriture des internautes, tant que ça restait cohérent dans l’histoire, il pouvait se passer quelque chose de complètement différent à l’autre bout de la ville, si ça nous permettait de continuer et d’ouvrir un peu sur les épisodes suivants, on prenait. Participait qui voulait. Il suffisait de « liker » la page pour pouvoir commenter l’épisode et proposer une suite. On a reçu quelques propositions en message privé, mais on demandait à la personne de les poster sur la page en commentaire, par transparence par rapport aux autres internautes. Ce qui ne le faisait pas étaient hors concours.

Qu’avez-vous fait pour être sélectionnés au Bawebfest ?
Simon :
Quand on a vu que la série approchait de la fin, on s’est dit que c’était dommage de ne pas donner de suite. On a vu aussi que le nombre de vues sur Viméo baissaient très vite après la publication de chaque épisode. On s’est dit qu’il fallait vraiment un après diffusion. Je suis tombé sur un article de blog qui parlait des festivals de websérie et j’ai vu Bueno Aires et honnêtement c’est le seul festival qui ne demandait pas de payer pour l’inscription. Je me suis dit « banco ! Bueno Aires ! » J’ai envoyé ça un soir super tard, j’ai presque zappé et j’ai reçu un mail trois semaines après me demandant de sous-titrer la série. Il y a avait moins d’une semaine pour sous-titrer toute la série, en espagnol. On s’est arrangé avec des amis pour la traduction et on a fait le sous-titrage nous-même, à la mano. Ils nous l’ont demandé d’abord en anglais et j’ai ensuite reçu un mail du style « c’est super mais on comprend rien, il la faudrait en espagnol aussi ». On a après ça reçu un autre mail pour nous dire qu’on était en sélection officielle mais qu’il ne fallait absolument pas le dire parce qu’ils se réservaient la primeur de l’annonce. Donc on était super content mais on ne pouvait rien dire, rien faire.
Et puis une fois que ça a été annoncé je me suis dit quand même, Bueno Aires… et j’ai regardé les prix des billets. A ce moment-là c’était 700€ par personne mais avec 36 heures de vol et une escale de fou à Miami… Et puis on s’est dit qu’on avait jamais rien demandé aux internautes, du moins financièrement, que tout le monde faisait son petit crowdfunding dans son coin, donc on a tenté le coup. On a récupéré 1400€ sur les 2000€ des billets (vol direct !). Fabien l’autre coréalisateur n’a pas pu venir, c’est donc Pierre qui est venu avec moi et on en a profité pour tourner un épisode là-bas.

Comment s’est passée votre arrivée à Bueno Aires ?
Pierre :
Ça a été compliqué (rires)
Simon : On aurait pu faire une websérie sur notre séjour là-bas. Le festival nous prenait en charge sur quatre jours, le temps du festival. Mais on s’est dit que c’était dommage de traverser le globe pour rester que quatre jours, donc a pris une grosse semaine. Quand on est arrivé on n’était pas pris en charge, il a fallu se trouver des contacts sur place, contacts qui se sont avérés être en carton qui nous ont planté... Il a fallu qu’on se débrouille pour arriver en centre-ville : une heure et demi de navette avec nos valises alors que tout le monde nous avait dit « ne restez pas dans les rues avec vos valises, vous allez vous faire braquer. Ici  c’est les flingues et les couteaux ». On pétochait, on voyait l’heure qui tournait, le mec qui n’arrivait pas…  Ça a été un sketch pas possible. On s’est pris un hôtel pour les deux premières nuits et après c’est le festival qui nous prenait en charge et là ça a été le grand luxe.
Pierre : C’était super chouette et dans un cadre hyper sécurisé. On était en mal de sécurité à ce moment-là… (rires)

Comment se sont passés les quatre jours de festival ?
Simon :
Le festival avait lieu dans la fac de ciné de la ville. On a réussi à faire toutes les séances. On a pris une grosse claque. On s’est rendu compte de ce qu’était vraiment la websérie, que là-bas il y a des gens qui en vivent. En plus d’être une scène culturelle hyper développée et avec beaucoup d’activité, la websérie est un marché et il y a des ronds à se faire. Là-bas il y a des chaînes tv qui achètent les séries une fois les saisons diffusées sur le web et qui les passent en télé. Il y a des chaînes qui sont prêtes à investir dans du placement de produit, etc… Chose qu’ici on a pas du tout encore.
Pierre : On s’est rendu-compte qu’en France on était vraiment à la traîne, vraiment en retard. On a pris une belle grosse claque.

Combien de webséries était nominées ?
Simon :
Il y en avait 30 dans la compétition officielle, 20 dans le off, sur 150 séries reçues.
Il y avait 15-20 minutes de présentation pour chaque série. On pouvait donc voir un à quatre épisodes en fonction de leur durée.
Pierre : Ce qui était intéressant, c’est que la majorité des équipes des webséries présentées était là pour en parler. La moitié des webséries présentées étaient argentines, dont une seule n’était pas de Bueno Aires. Avec les chiliens ont été les seuls à ne pas être du pays, très peu d’étranger avaient fait le déplacement.  

Que retenez-vous du festival ?
Pierre :
Ça nous a carrément motivés. Les gens nous ont soutenus. On avait l’impression d’être dans la cour des grands. C’est clair qu’il y avait des séries taillées pour la compétition, avec des prod du genre TV5 Monde, etc…
Simon : Oui, il y avait des gens payés pour faire leur webséries. Ils ne font pas ça sur leur temps libre en faisant garder les gamins par les grands-parents…
Mais oui, on s’est senti soutenus, encouragés. L’équipe du festival nous a dit que si on avait besoin de conseils sur la production, le placement de produits, sur des choses assez spécifiques à la websérie, il ne fallait pas qu’on hésite à leur demander. Mais le principal truc c’est que ça nous a confortés dans l’idée qu’on voulait faire une saison #2, qu’on était motivé.
Pierre : L’accueil qu’on a eu là-bas est hyper encourageant, parce qu’on y avait mis du temps et du cœur. C’est pas nécessairement ce qu’on allait chercher mais moi ça me booste vachement pour la suite. Le prix c’était le gros bonus. Je crois que je vais me souvenir toute ma vie de voir Simon monter sur la scène.

Comment s’est passée la remise du prix pour vous ?
Simon :
Les prix avançaient et il y avait deux mentions. Clairement, les mentions sur les festivals en général ça veut dire « merci d’être venu », et je dis à Pierre, « allez c’est bon, on a une mention ». Et puis je vois les deux qui passent et j’ai pensé « merde, on a rien ». Du coup j’étais en train de dire à Pierre « c’est pas grave, déjà la sélection c’était bien, c’était  une compétition super dure… » et du coin de l’oreille j’entends le speaker dire « et donc ils viennent de France ». J’arrête de parler et là j’entends « meilleure réalisation : Et caetero »… et je lâche un « Oh putain ! » et puis j’arrive sur scène. J’étais comme un dingue parce que clairement j’y croyais plus. Je me suis toujours dis que si un jour j’avais un prix je ne dirais pas « c’est trop dingue, je ne m’y attendais pas », mais vraiment c’était trop dingue et on ne s’y attendait pas. Je me suis fait engueuler par le directeur du festival, il m’a dit « t’es passé super vite sur scène, t’as lâché deux pauvres mots ». Mais vraiment on ne s’y attendait pas. Si on y avait cru on aurait préparé un truc. Tu ne fais pas 13 000 bornes pour te retrouver con devant un micro et une salle pleine.
Pierre : C’est bon,  du coup j’ai écrit mon discours pour l’année prochaine, comme ça, je suis prêt ! (rires)

Vous avez donc profité de votre séjour à Bueno Aires pour tourner un épisode.
Simon :
Oui, on a tourné le premier épisode de la saison #1 là-bas, mais on a pas pris trop de risques parce qu’on voulait revenir et revenir avec le matos… On ne se voyait pas faire un crowdfunding en rentrant ambiance « on s’est fait braquer le matos à Bueno Aires, il nous faut une nouvelle caméra ». C’était pas super rassurant, mais bon, on a fait des plans de la ville. On reconnait les lieux à travers les barreaux des grilles de l’hôtel… On a fait des trucs avec le sac sur le ventre ambiance « on shoote très très vite et on part en courant »…

Gardez-vous sur le même concept collaboratif pour la saison #2 ?
Pierre :
Oui, mais on va sans doute revoir un peu les modalités de participation. On est en train de réfléchir à un système toujours collaboratif, mais qui nous permettra d’avoir un peu plus de recul sur la série.
Simon : on s’est rendu compte que sur la saison #1 on a passé neuf épisodes à emmêler le problème, à chaque fois les gens ajoutaient des soucis, des soucis, des soucis… et à la fin il a fallu faire un épisode super long pour répondre à toutes les questions qui étaient restées en suspens. Le dernier épisode fait dix minutes contre deux à trois minutes pour les neuf autres…

Côté diffusion, continuerez-vous à publier les vidéos sur Viméo et à les relayer sur Facebook ?
Simon :
On va élargir un peu plus, on va peut-être twitter un peu plus. On s’est rendu compte que twitter c’était super hype (rires). On est arrivé là-bas en disant « nous on publie sur Viméo et on poste tout sur Facebook ». Les gens nous ont regardés avec des yeux pas possibles, parce qu’eux ne font que du Youtube et du Twitter. Donc on va sans doute faire un peu de tout.

Pouvez-vous déjà nous donner les grandes lignes de la saison #2 ?
Simon :
On part de jour. Pierre travaille à Bueno Aires et sa frangine l’appelle pour qu’il rentre à Brest. On garde les mêmes comédiens mais ils vont jouer des personnages complètement différents. Donc Pierre est devenu photographe. On part sur quelque chose de complètement neuf.
La diffusion du 1er épisode se fera le 8 avril à 19h, 15h à Bueno Aires.

Pour revoir la saison #1 de Et caetero : https://vimeo.com/etcbrest/videos
Facebook : https://www.facebook.com/etcbrest?fref=ts

 


Elodie Cloarec