CFDT : Laurent Berger rompt avec "le mythe de l'unité sydicale"

Laurent Berger rompt avec "le mythe de l'unité sydicale"
Laurent Berger rompt avec "le mythe de l'unité sydicale"

Décontracté, soucieux de convaincre sans langue de bois, Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, a livré ses vérités aux journalistes de Paris Breizh Media lors de la soirée mensuelle du 5 mai. Aiguillonné par Isabelle Moreau, rédactrice en chef de l'agence AEF, le "patron" du principal syndicat réformiste n'a éludé aucune question et n'a pas cédé à la facilité des petites phrases. "La démocratie, elle en est crève de ces petites phrases", dit-il. Ca ne l' empêche pas au passage de dénoncer avec vigueur  "le mythe de l'unité syndicale".  Extraits.

Réforme terrioriale.

-On n'a pas été consulté. Ce n'est pas simple mais il y avait sûrement autre chose à faire. La question fondamentale sur ce sujet comme sur beaucoup d'autres c'est de savoir quelle société commune on veut construire ensemble.

-Cette réforme perturbe notre organisation, mais çà peut être une opportunité pour s'interroger sur le syndicalisme de proximité que l'on souhaite.

Les bonnets rouges

-Le mouvement a été en partie instrumentalisé par certains patrons de l'agro-alimentaire qui étaient  responsables de la situation économique qu'ils dénonçaient.

-La CFDT s'est impliqué dans le pacte breton. Il est difficile à mettre en oeuvre mais important.

Les jeunes

C'est une population difficile à toucher. Il n'y a pas une jeunesse mais des jeunesses. Les jeunes ne sont pas sur un parcours professionnle linéaire, et ils  sont souvent dans une logique d'activité plus que de travail et d'emploi. Ca nous interroge. Cela doit nous pousser à leur proposer un mode d'adhésion spécifique. C'est un vrai bouleversement pour le syndicalisme.

L'unité syndicale.

-L'unité syndicale c'est un mythe si on ne dit pas sur quoi elle se fait. Ce n'est pas un objectif en soi, ni un passage obligé ni un problème. Elle n'a de sens que si on est d'accord sur certains objectifs. Je n'ai pas envie de faire mine d'être daccord.

On sort de ce mythe de l'unité qui pendant longtemps nous a empêché d'exprimer tout haut ce que l'on pensait tout bas.

-J'assume le fait qu'il y a deux types de syndicalisme. Il y a celui qui est dans une logique de contestation, qui relaie la situation des salariés et demande à l'Etat de résoudre les difficultés. Et il y a celui que pratique la CFDT entre autres, qui ne se contente pas de mettre en avant  les fractures et les douleurs soicales mais qui cherche à résoudre les problèmes par la pratique de la négociation.

Le dialogue social.

-Ca ne marche pas à tous les coups mais la voie du dialogue doit toujours être choisie en premier.

-Ce n'est pas celui qui crie le plus fort qui défend le mieux les salariés. C'est plutôt celui qui fait des propositions et les pousse. On obtient des résultats par le compromis, comme aux chantiers STX de St Nazaire pour l'adaptation aux difficultés passagères, ou dans les hôpitaux de Paris avec la titularisation de 1000 personnes.

-On a un patronat qui n'a pas tranché entre le dialogie social-outil de perfomance (ce qui se vérifie dans de nombreuses entreprises) ou le dilalogue social-épine dans le pied pour faire du business. 

-Le drame de notre époque c'est qu'on ne parle plus des gens... On parle de dispositifs.

-Le code du travail.

-Le débat sur la grosseur du code de travail est un débat de fainéants. On est sur une logique de mécano plutôt que que sur une logique de sens. 

-La suppression des seuils çà n'a jamais été prouvé que çà créait de l'emploi, pas plus que l'effet emploi de l'évolution des contrats de travail n'est avéré. Notre pays cherche des solutions miracles sur beaucoup de sujets. Je me méfie des totems:  les seuils, les contrats de travail etc.

-On a un patronat qui se déresponsabilise, qui fait porter aux salariés la responsabilité des problèmes d'emploi.

-Le CDD est prévu initialement pour un surcoit temporaire d'activités et 80% des embauches sont en CDD! Ca se saurait si le CDD était protecteur pour les salariés. 

Syndicat et politique.

-François Hollande a laissé un espace au dialogue social (comme Nicolas  Sarkozy l'avait fait en début de mandat). En revanche pour la démocratie participative il n'y a rien. Si elle avait fonctionné la réforme territoriale aurait eu une toute autre allure. 

-Le rôle des politiques ce n'est pas simplement de rappeler les valeurs de la République, c'est de faire en sorte qu'elles s'incarnent, quelles vivent.

-Aujourd'hui c'est un peu la politique des petits cailloux. Mais au bout d'un moment on ne sait plus où est le chemin. 

-On est dans un pays où il faut dix ans pour produire une réforme mais on réclame des résutats au bout de trois mois!

-Ce que je regrette c'est qu'on n'ait pas enclenché la réforme fiscale absolument nécessaire. Ce retard on va le payer lourdement.

-C'est curieux. Quand on signe un accord avec un gouvernement de gauche on présente la CFDT comme le partenaire privilégié du pouvoir. Quand on le fait avec un gouvernement de droite on nous présente comme des "salauds." Pour moi le rôle du syndicat c'est de na pas rester en dehors du terrain, quel que soit le gouvernement et les ministres. 

-Rebsamen? C'est le ministre du travail, donc on travaille avec...

Emmanuel Todd 

-Ce que ce que j'ai lu sur son livre est assez effroyable. Considérer  que le 11 janvier mené notamment par la CFDT serait un mouvement pour une société d'exclusion et raciste , c'est réécrire l'histoire. Ce n'est pas pertinent.