La Bretagne, Macron, les affaires ...Les vérités de Richard Ferrand

La Bretagne, Macron, les affaires ...Les vérités de Richard Ferrand

Son ancrage breton, l'après Notre Dame des Landes, l'immigration, sa relation à Emmanuel Macron, ses ennuis judiciaires...Richard Ferrand, le président du groupe des députés La République en marche à l'Assemblée Nationale a passé l'actualité en revue devant les journalistes de Paris Breizh Media. Verbatim

 

Les "affaires"

-La où il y a un juge il y a un risque. Mais j'ai la conscience très tranquille. Quand vous êtes soupçonné vous savez très bien au fond de vous-même si vous avez fait une connerie ou pas. Et je sais que je n'en ai pas fait...Etre sous le coup d'une plainte c'est un caillou dans la chaussure. C'est très emmerdant. Il faut réexpliquer ce qu'on a déjà longuement expliqué. Je suis serein mais c'est vrai que sur le plan personnel c'est humiliant, familialement pénible. Passer quatre fois à la Une du Monde, être à la Une du Parisien entre Tapie et Fillon on peut rêver meilleur compagnie. Etre considéré comme un voleur c'est éprouvant à vivre. Mais je suis dans l'état d'esprit de ne rien lâcher.

-Ma conviction c'est que la jurisprudence Balladur -"mis en examen vous êtes viré"- c'est quelque chose d'absolument stupide...On est passé d'une présomption d'innocence à une présomption de culpabilité. On a introduit dans la sphère publique une grande confusion. Il faut attendre de savoir si les gens sont coupables ou non avant de les juger médiatiquement. Il faut faire très attention à ne pas tomber dans une chasse aux sorcières où les protections démocratiques ne sont pas respectées. Sinon demain tout est possible. Une puissance étrangère qui voudrait nous fragiliser ce serait simple. Trois dépôts de plainte avec constitution de partie civile et vous mettez en examen trois ministres et il n'y a plus de gouvernement.

 

La Bretagne

-Jean-Yves Le Drian fait partie de ces cerveaux que tout le monde nous envie et dont on aimerait qu'il soit partout. Jean-Yves Le Drian n'a jamais quitté la Bretagne. Plus breton que lui tu meurs. Je n'ai pas le moindre doute qu'il mette à profit ses fonctions pour servir la Bretagne...C'est pas plus mal de passer le flambeau en cours d'activité. Loig Chesnais-Girard peut ainsi faire la preuve de ses capacités avant de venir devant les électeurs.

-J'ai plaidé jusqu'au bout pour l'aéroport de Notre Dame des Landes mais je ne vais pas jouer au grincheux. Il faut maintenant s'arrimer au pacte d'accessibilité à la Bretagne porté par Loig Chesnais Girard, le président de la Région. Voir comment on peut muscler les liaisons aériennes à Brest et Rennes. Achever la voie routière centrale en Bretagne, la RN 164. Améliorer les liaisons Brest-Nantes et Nantes-Rennes via Redon : aujourd'hui Brest-Nantes c'est un enfer. S'occuper aussi du dossier grande vitesse. Je souhaite qu'on avance sur l'objectif de Jean-Yves Le Drian: mettre  Brest et Quimper à 3h 08 de Paris. Il faut que çà avance dans les 5-7 ans, pas à l'horizon 2038 comme c'est évoqué dans le rapport Douron qui ne tient pas compte de l'abandon de Notre Dame des Landes...Il est peut-être temps aussi de s'interroger sur la gestion globale des infrastructures ferroviaires. Les gouvernements successifs ont promis à peu près tout un peu partout. La question centrale c'est comment fait-on pour que les transports collectifs bénéficient au plus grand nombre?

-Je suis devenu Breton par le métissage de Kofi Yamgnane. Quand il était secrétaire d'Etat aux affaires sociales il souhaitait que quelqu'un de son cabinet s'occupe de ses dossiers bretons. Je me suis retouvé en 1991 dans un meublé sur la rivière du Faou. Je me suis senti immédiatement bien dans ce pays où on se dit les choses assez nettement. On est du pays où on vit. Je suis de Bretagne, je vis là, je me sens de là.

-En Bretagne nous sommes très attentifs à nos faiblesses ou à ce qu'on croit être nos faiblesses; Nous avons toutes les raisons de nous sentir solides, à tous égards, dans l'agro-alimentaire notamment. Encore faut-il que la répartition des des valeurs soit équitablement répartie entre producteurs, transformateurs et distributeurs. On est obligé pour cela de passer par la loi car la bonne foi et la bonne volonté ne suffisent pas.

-Le Crédit Mutuel de Bretagne a décidé de faire sécession. On ne peut pas empêcher les gens de se marier... ni de divorcer. Les lobbies d'où qu'ils viennent m'horripilent. Je reçois chaque jour des dizaines des SMS qui me disent ce que je dois faire. Je ne serai pas l'otage d'un banquier, quel qu'il soit.

-Je soutiens Françoise Livinec (L'Ecole des filles du Huelgoat) pour l'énergie sidérante qu'elle développe, l'audace et la pertinence de ses choix, son charisme. Elle fait vivre son école dans une vraie cohérence entre l'histoire et l'activité contemporaine.

 

L'immigration

-Nous sommes dans une situation où la demande d'asile a fortement cru, où l'immigration irrégulière s'est nettement accentuée sans oublier qu'il y a une immigration régulière. On voit bien que nous sommes défaillants dans tous ces domaines. Ainsi ceux et celles qui pourraient bénéficier du droit d'asile doivent attendre 14 mois pour avoir une réponse...Il est normal que des fonctionnaires puissent examiner la réalité dans les centres d'hébergement qui sont des boites noires.

-Pendant des décennies les discours de fermeté se sont succédé mais l'action était inerte. On a mis la poussière sous le tapis. Le changement c'est que la fermeté n'est plus dans les intentions mais dans la réalité des actes. Encore faut-il pour être efficace l'aide et la coopération des pays d'origine. Pour reconduire les gens à la frontière il faut des laisser-passer pour le retour...

-L'Allemagne et l'Italie adoptent ou vont adopter des mesures plus restrictives en matière d'immigration. Si la France donne le sentiment que c'est le pays de l'Union Européenne le plus accueillant, celui qu'il faut atteindre en priorité, le problème va devenir totalement ingérable...Si on ne traite pas avec fermeté le cas de ceux qui ne peuvent pas être accuellis, on ne pourra pas bien accueillir ceux qui ont le droit de vivre sur notre sol.

 

 Macron

-Quand j'ai rencontré Emmanuel Macron la première fois en 2014 c'était prévu pour 20 minutes. On a parlé deux heures (on a en commun d'être bavard). On s'est bien plu. Dans un contexte où la France avait le blues, son approche politique transcendant les clivages me plaisait bien. A partir de là on a eu une relation téléphonique régulière. Je ne regrette pas d'avoir dit qu'il avait une vision comme de Gaulle, que c'était un homme d'Histoire comme Mitterrand, qu'il était infatigable comme Sarko, qu'il avait de l'humour comme Hollande. Je trouve que c'est assez juste.

-La France a un sous-investissement privé chronique, et même l'argent public est bouffé par les dépenses de  fonctionnement. Il faut rendre la France attractive. Ce n'est pas une question d'idéologie, c'est une nécessité absolue pour l'investissement, l'emploi, la solidarité.

-Il y a toujours de braves gens pour rapporter aux journalistes des choses partielles.Et il y a des journalistes nostalgiques de la période des frondeurs qui fonctionnement par analogie, qui lisent la réalité avec les lunettes d'hier. Il y a des débats au sein du groupe des députés de la République en marche, mais débat ne veut pas dire clivage, mais discussion ne veut pas dire fronde. L'essentiel c'est l'unité totale au moment du vote.

-Ne nous enfermons pas dans des débats théologiques sur l'autonomie. Utilisons les droits à la différentiation, à l'expérimentation.

-Je ne suis pas de ceux qui pensent que le droit résoud tous les problèmes. Combien de lois on a fait sur la sécurité?