Kenavo René !

Kenavo René !

René Pétillon n'est plus. Un crabe sournois et cruel l'a emporté au terme d'un combat oh combien inégal. La presse et la BD perdent un immense dessinateur. Paris Breizh Media perd un membre et surtout un ami d'une nature rare, aussi simple qu'il était disponible, aussi rigoureux qu'il était convivial. Elégant. Un ami taillé dans le granit breton d'un talent incomparable, si atypique en ces temps  où l'on confond marketing et création, faire-savoir et savoir-faire. Le lesnevien René Pétillon, réenraciné à Port Manec'h, n'a jamais cédé aux sirènes du star système et à ses trompe-l'oeil. C'est peu dire qu'il n'appréciait pas les m'as-tu vu et les chichiteux de l'art, les gagne-petit sonores et les margoulins envahissants des médias. 

La carrière de dessinateur ce n'était pas gagné pourtant pour René. Il n'avait pas 9 ans qu'un père blanc recruteur avait tenté de l'embrigader (l'ensoutaner) pour aller porter la bonne parole en Afrique ! Il était encore ado que son père voulait obstinément qu'il perpétue la tradition familiale, en endossant le métier de boulanger. Sa rencontre avec Tintin, Spirou et autres Lucky Luke en ont décidé autrement. Avec obstination René a préféré pétrir la pâte humaine au fil d'un dessin totalement personnel, en utilisant la levure d'un humour souvent poussé aux limites de l'absurde. Que ce soit dans ses mickeys hebdomadaires du Canard Enchainé (où il était le « tolier » avec Cabu) ou dans son célèbre personnage de BD, Jack Palmer... Ce détective inimitable, engoncé dans un imper trop grand et une bêtise trop rafraichissante. 

René est parti trop tôt. Qui taillera désormais des « costards » sur mesure aux agités du marigot politique ? Et puis qui adoptera Palmer?

Paul Burel