Benoit Hamon, candidat aux européennes

Interview de Benoît Hamon, invité de PBM le 28 novembre 2018

Quelques jours avant d’officialiser sa candidature, Benoit Hamon était l’invité de Paris Breizh Media. Les élections européennes mais aussi la Bretagne, l’élection présidentielle, la gauche, les gilets jaunes, Emmanuel Macron… Pendant près de 2h, le Brestois de « Saint-R’nan même »  a offert un bel échange avec les adhérents, sans langue de bois. Morceaux choisis.

La Bretagne à 5 départements ?

« Si des gens en Loire-Atlantique se sentent pleinement bretons, qu’ils affirment cette culture et qu’ils se sentent partager une histoire commune, ça me satisfait. Mais pour moi, il y a d’autres priorités ». Benoit Hamon est par ailleurs revenu sur la réforme territoriale, il était alors ministre : « Les ministres bretons avaient été invités à une réunion à Matignon au moment du redécoupage des régions. J’avais demandé : « C’est une réunion ethnique ? ». Au final, je trouve que la loi a été faite n’importe comment. Une fois de plus, François Hollande a dit une chose, puis a changé d’avis, puis rechangé… on ne savait plus bien ce qu’il fallait faire. »

Pas d’ancrage politique en Bretagne ?

« Je n’ai aucun regret. Je ne souhaitais pas d’une double vie entre Paris et la Bretagne. Et j’entretiens avec la ville de Trappes un rapport très particulier, très personnel. » « J’ai quelques reproches aux hommes politiques bretons. Je trouve qu’ils ne sortent pas assez de leur zone de confort. Ils sont moins désobéissants qu’ils ne devraient l’être. »

Jean-Yves Le Drian qui lance les Progressistes bretons ?

« C’est de la politique à l’ancienne, avec à l’évidence l’envie de garder la main pour les futures élections régionales et municipales. La Bretagne n’aurait pas assez de talents pour vivre sans Jean-Yves le Drian ? Il a apporté à cette région mais à un moment, il faut savoir passer à la main. »

L’échec de l’élection présidentielle ?

« On ne peut pas dire « c’est la faute des trahisons » et s’en tirer comme ça. J’ai aussi une part de responsabilité »

« J’ai fait un choix stratégique : ne pas jouer la personnalisation en mettant en avant mon histoire personnelle, ma famille… Je ne l’ai pas fait, en accord avec ma compagne, et je ne le regrette pas. L’homme providentiel, je n’y crois pas et on s’en rend compte aujourd’hui. Je ne voulais pas jouer à ça pendant la campagne présidentiel. C’est peut-être lié à mon éducation. Un des traits des caractères des bretons, c’est d’avoir une grande pudeur. J’ai voulu jouer collectif et ne pas me mettre en avant. Je l’assume mais stratégiquement, c’était un mauvais choix.  Je n’ai pas fait la campagne qui pouvait gagner.»

« Avoir imposé dans le débat la question du revenu universel, je l’assume, c’était nécessaire. Mais je me suis trompé sur un point. On aurait dû proposer une application par étape. Le faire seulement pour les jeunes d’abord. »

« En plus de la faillite collective de la gauche, il y a eu une faillite morale de la gauche.»

Petite trahison entre bretons : « Le jour où je me déplaçais dans une garnison pour dévoiler mes propositions en matière de défense, Jean-Yves Le Drian annonce qu’il rallie Emmanuel Macron. Autant vous dire que personne n’a retenu mes propositions… »

Les élections européennes ?

«  Le 6 décembre, on sera au rendez-vous avec des figures de la société civile qui vont s’engager à nos côtés »

« On ne peut pas s’allier avec la France Insoumise. On fait le même diagnostic : l’Europe ne marche pas mais on a une différence majeure sur la stratégie. Mélenchon dit : « on peut imaginer le plan B, sortie de l’euro et de l’Europe ». Moi je n’assumerai jamais cela. Je suis farouchement opposé au projet néo-libéral mais je suis farouchement pro-européen. Il n’y pas de solution nationale à la crise européenne mais une solution démocratique et européenne »

Les Gilets jaunes ?

« Je demande aussi un moratoire sur la réforme des retraites car cela va baisser le niveau des pensions»

« Ils nous disent : « on nous plume et en plus, on nous prend pour des abrutis ». Il n’y pas eu assez d’écoute de la part du gouvernement ».

 « Nous sommes dans un moment charnière.  Nos institutions sont-elles si fortes, et nos corps intermédiaires sont-ils si forts pour que nous puissions dire que ce n’est pas le prémice à une transformation profonde du cadre politique, de la hiérarchie sociale et de l’ordre social ? Je n’en suis pas sûr. »

Emmanuel Macron ?

 « On découvre que le dispositif politique autour du président est faible humainement. Il parie sur sa seule intelligence. Je pense qu’il n’était pas prêt à gouverner ».